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"Ma bibliothèque m'était un assez grand duché" La Tempête (1611)
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  • “Mais cent fois, entre Paris et Anvers, je m’étais dit que seule l’épaisseur du petit volume que j’avais dans ma poche (c’était les Testaments de Villon) me séparait de mon compagnon et m’empêchait de devenir une parfaite canaille, comme lui. Mais sait-on jamais ? Peut-être que je me trompais. On n’est pas fait d’une pièce. Et cent fois tout le long de la route, j’avais pu me rendre compte par quoi Korzakow m’attirait…
    Me séduire ? Difficilement…
    Devenir un ami ? Franchement, non, mais un compagnon de route, pas un compagnon de route ordinaire, mais un compagnon de route du tonnerre de Dieu, et dont il y aurait un jour à se garer…
    Il y avait d’abord son merveilleux mépris des contingences, une absence absolue du sens de la propriété, son insouciance, son appétit, son ivrognerie (j’étais épaté, il était capable de presque autant que moi!), son cynisme transcendantal qui n’était pas l’aboutissant d’une philosophie mais un jet spermatique de son esprit, sa facon d’être, sa facon de se débrouiller avec les femmes et d’obtenir d’elles tout ce qu’il voulait (même de l’argent, et je ne parle pas de la nourriture qu’il rapportait des fermes à chaque détour du chemin), sa bonne humeur, son rire de géant, sa force physique, animale, sa bonne santé, mais il avait aussi des qualités fondamentales, des qualités de race : l’art de vagabonder, auquel je suis si sensible et qui est un art sacré chez les Russes, construire un feu, se débrouiller dans la nature, le sentiment de la nature, une fois naïve en communion avec la Terre et l’amour de la vie quelle qu’elle soit…”
    — Bourlinguer, Blaise Cendrars
    • 4 months ago
  • “If you’re going to try, go all the way. Otherwise, don’t even start. This could mean losing girlfriends, wives, relatives and maybe even your mind. It could mean not eating for three or four days. It could mean freezing on a park bench. It could mean jail. It could mean derision. It could mean mockery — isolation. Isolation is the gift. All the others are a test of your endurance, of how much you really want to do it. And, you’ll do it, despite rejection and the worst odds. And it will be better than anything else you can imagine. If you’re going to try, go all the way. There is no other feeling like that. You will be alone with the gods, and the nights will flame with fire. You will ride life straight to perfect laughter. It’s the only good fight there is.”
    — Bukowski, Factotum
    • 4 months ago
  • “A cette époque, il dut se considérer heureux, bien qu’il ne le fut pas foncièrement. L’avenir lui réservait secrètement une nuit essentielle de lucidité : celle où enfin il vit son propre visage, celle ou enfin il écouta son nom. Bien comprise, cette nuit permet d’atteindre le fond de sa vie; mieux, un instant de cette nuit, un acte de cette nuit ; car les actes sont notre symbole. Toute destinée, pour longue et compliquée qu’elle soit, comprend en réalité un seul moment : celui où l’homme sait à jamais qui il est. On raconte qu’Alexandre de Macédoine vit son avenir de fer reflété dans la fabuleuse existence d’Achille; Charles XII de Suède, dans celle d’Alexandre. Pour ce qui est de Tadeo Isidoro Cruz, qui ne savait pas lire, cette connaissance ne lui fut pas révélée dans un livre ; il se vit lui-même dans une mêlée et dans un homme. Les faits se présentèrent ainsi : …”
    — Biographie de T.I Cruz, Jorge Luis Borges
    • 5 months ago
  • “Mais j’ai compris tard de quel coté il fallait aller. On croit que c’est autre chose qui sauve les gens : le devoir, l’honnêteté, être bon, être juste. Non. Ce sont les désirs qui vous sauvent. Ils sont la seule chose vraie. Si tu marches avec eux, tu seras sauvée. Mais je l’ai compris trop tard. Si tu lui laisses du temps, à la vie, elle tourne de manière, inexorable : et tu t’apercois que là ou tu en es maintenant, tu ne peux pas désirer quelque chose sans te faire du mal. C’est là que tout se complique, il n’y a plus aucun moyen de s’échapper, plus tu t’agites, plus le filet s’emmêle, plus tu te rebelles, et plus tu te blesses. On ne s’en sort plus. Quand, il était trop tard, c’est là que j’ai commencé à désirer. De toute la force que j’avais. Je me suis fait tant de mal, tu ne peux même pas imaginer.”
    — Océan Mer, Alessandro Barrico, p.103, Folio
    • 5 months ago
  • “I work in the morning at a manual typewriter. I do about four hours and then go running. This helps me shake off one world and enter another. Trees, birds, drizzle — it’s a nice kind of interlude. Then I work again, later afternoon, for two or three hours. Back into book time, which is transparent — you don’t know it’s passing. No snack food or coffee. No cigarettes — I stopped smoking a long time ago. The space is clear, the house is quiet. A writer takes earnest measures to secure his solitude and then finds endless ways to squander it. Looking out the window, reading random entries in the dictionary. To break the spell I look at a photograph of Borges, a great picture sent to me by the Irish writer Colm Tóín. The face of Borges against a dark background — Borges fierce, blind, his nostrils gaping, his skin stretched taut, his mouth amazingly vivid; his mouth looks painted; he’s like a shaman painted for visions, and the whole face has a kind of steely rapture. I’ve read Borges of course, although not nearly all of it, and I don’t know anything about the way he worked — but the photograph shows us a writer who did not waste time at the window or anywhere else. So I’ve tried to make him my guide out of lethargy and drift, into the otherworld of magic, art, and divination.”
    — Don DeLillo, The Paris review, 1993
    • 5 months ago
  • “It is a blessing to get old. It is a blessing to find the time to do the things, to read the books, to listen to the music. You know, I don’t think I’m rationalizing anything. I really don’t. This is all inevitable and I have no control over it.”
    — Maurice Sendak, NPR interview
    • 5 months ago
  • “Ma propre fécondité m’embarrasse. Je pourrais décrire avec la plus grande profusion de détails chaque chaise, chaque table, chaque convive. Mon esprit bourdonne cà et là, prêt à prendre toute chose. Parler, quand ce ne serait que pour commander du vin au sommelier, c’est amener une explosion. La fusée jaillit. Ses grains dorés retombent et fertilisent le riche sol de mon imagination. Qui suis-je moi qui vous parle, lorsque s’additionne à moi cet inconnu […] L’univers ou nous vivons est dépourvu de stabilité. Qui nous dira le sens secret des choses ? Qui peut prévoir la courbe d’un mot, une fois lancé ? C’est un ballon qui plane au-dessus des cimes des arbres. Tout effort vers la connaissance est vain. Tout n’est qu’expérience et qu’aventure. Sans cesse, nous formons de nouveaux mélanges avec éléments inconnus. Qu’arrivera-t-il? Je n’en sais rien. Mais au moment où je repose mon verre, la mémoire me revient : je suis fiancé. je dîne ce soir avec des amis. Je suis Bernard. Je suis Moi.”
    — Les vagues, Virginia Woolf, p.120, Le livre de poche
    • 5 months ago
    • #Virginia Woolf
    • #sensation
    • #diner mondain
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